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    March 30

    C'est un ange

    "C'est un ange, mais pas un dieu.
    Il a le cheveu hirsute, les pieds plats.
    Ses ailes portent des yeux
    pour voir dans la nuit, à distance
    et à travers les murs.
    Il n'a pas de nom, pas d'identité,
    ni conjoint ni domicile fixe.
    Gardien, il a les yeux battus. Sans doute
    souffre-t-il d'insomnie depuis sa naissance.
    Mais la maladie ne le touche pas,
    la mort n'a pas été créée pou lui,
    il appartient à une espèce qui existait
    bien avant notre venue.
    Cette créature ne laisse pas voir son visage,
    elle est invisible ou se dissimule
    derrière les arbres, derrière les meubles.
    Elle passe dans la rue comme un souffle,
    comme un éclair, un froid soudain.
    Elle brille légèrement sur les choses
    ou comme une tache sombre sur le mur
    Elle est partout, comme la lumière
    ou comme l'esprit",a dit le premier homme.

    "La forme des anges a changé, parce que
    les pensées de l'homme ont changé.
    Leurs rêves ne sont plus ce qu'ils étaient.
    Nous connaissons les noms des plus agés,
    mais nous ignorons ceux des nouveaux.
    Il es est qui annoncent la naissance des enfants,
    qui révèlent le futur, dictent des livres,
    protègent les fleuves, prennent soin des montagnes,
    apparaissent dans les peintures, les sculptures.
    Jadis ils pouvaient gravir les pyramides
    et de là-haut toucher la clarté vivifiante.
    Mais vient un temps où ils céssèrent de voler,
    tant l'air était vicié.
    Menacés d'extinction, ils ont décidé de déserter le monde.
    Maintenant ils sont de retour, afin de rendre
    la pureté originelle aux éléments,
    afin de sauver le paradis terrestre
    de la mort", a dit le deuxième homme,

    "Les anges sont parmi nous",
    a dit le premier homme.

    "Les anges sont en nous",
    a dit le second

    "C'est nous qui sommes les anges",
    a répliqué le premier.

    Homéro Aridjis
    March 12

    Le temps des anges

    Et Dieu dit: "Que l'ange soit."
    Et l'ange fut façonné de mots.
    Et l'homme dit: "Que l'ange soit
    fait de paroles intérieures.
    Qu'il soit à l'image de mon esprit."
    Et Dieu dit: "Que chaque homme ait au ciel un ange
    à son image et à sa ressemblance
    et qu'à sa mort il se fonde avec lui."
    Et l'homme dit: "Si Dieu ne créa pas l'ange, l'imagination doit le forger.
    Car s'il est un vide entre Dieu et moi,
    il ne peut y avoir un contact entre nous.
    Il doit exister un esprit
    qui relie le ciel et la terre,
    le visible et l'invisible,
    le spirituel et le matériel."
    Dieu dit: "L'homme  est venu trop tard pour le temps des dieux,
    trop tôt pour l'être,
    l'ange est arrivé à temps
     pour les deux."
    L'homme dit: "Alors,
    l'ange est le corps
    qui unit l'être aux dieux,
    c'est le pont qui relie
    le miroir et le regard qui se mire."
    Dieu dit: "Pour la bonne entente
    des anges et de l'homme,
    les anges sur terre parleront
    la langue des hommes,
    et les hommes dans leurs songes
    parlerons le langage des anges;
    car c'est leur langue originelle
    que comprennent les anges
    de tous les temps, de toutes les races,
    celle qui est faite des mots du poème."
    Et l'homme de répondre: "Alors,
    un ange sait s'il est en face d'un autre,
    non par ce qui se dit, par ce qui se révèle,
    mais par la clarté qui émane de ses yeux."
    Et Dieu de répondre: "On ne peut voir les anges
    avec nos yeux, car ils sont dans nos yeux."
    Et l'homme dit: "Alors, l'ange
    que nous cherchons sur les chemins du monde,
    il est en nous, il est en nous même."
    Dieu dit:"Quand l'homme
    se trouvera lui-même,
    il sera l'ange qu'il cherchait au monde.
    Car de tous deux le corps
    est fait de paroles intérieures."
    L'homme dit: "L'ange que je ne vois pas,
    qui ne me voit, qui vague avec moi,
    est celui que je serai quand mon heure viendra."
    Dieu dit: "Que l'ange de chaque homme
    vive au dela de l'homme,
    qu'il se dresse sur son cadavre
    et recouvre sa vie, la vraie.
    Que l'ange prenne forme
    que l'homme voudra lui donner."
    Et l'homme de répondre: "Alors,
    l'ange a le corps
    que l'imagination lui donne,
    l'ange peint sur mon dos,
    tatoué sur mes bras,
    me couvrira l'épaule,
    protègera mon bras.
    Un jour, il sera pareil à moi."
    Et Dieu dit: "L'ange, en ces temps de noirceur qui se préparent, sera messager de lumière.
    Que l'ange soit l'égal de l'homme.
    Voici que vient le temps des anges."

    Homero Aridjis

    November 25

    Appelez moi par mes vrais noms



    Ne dites pas, je serai parti demain,

    car je ne cesse de naître, aujourd’hui encore.

    Regardez en profondeur : je nais à chaque seconde

    bourgeon sur une branche printanière,

    oisillon aux ailes encore fragiles,

    apprenant à chanter dans mon nouveau nid,

    chenille au coeur d’une fleur ;

    bijou caché dans une pierre.

    Je ne cesse de naître, pour rire et pour pleurer ;

    pour craindre et pour espérer :

    Mon coeur est rythmé par la naissance et

    la mort de tout ce qui est vivant.

    Je suis l’éphémère se métamorphosant sur l’eau de la rivière,

    et je suis l’oiseau qui, au printemps, naît juste à temps

    pour manger l’éphémère.

    Je suis la grenouille nageant heureuse dans la mare claire,

    Et je suis l’orvet approchant en silence pour se nourrir de la grenouille.

     Je suis l’enfant d’Ouganda, décharné, squelettique,

    aux jambes pareilles à des bambous fragiles,

    et je suis le marchand d’armes vendant des armes meurtrières à l’Ouganda.

    Je suis la fillette de douze ans, réfugiée sur une frêle embarcation,

    Se jetant à l’eau pour avoir été violée par un pirate,

    et je suis le pirate, au coeur incapable encore de voir et d’aimer :

    Je suis un membre du Politburo,

    et je suis l’homme qui doit acquitter sa "dette de sang " envers mon peuple,

    mourant lentement aux travaux forcés.

    Ma joie est comme le printemps, chaude,

    au point d’épanouir des fleurs en tout mode de vie.

    Ma peine forme une rivière de larmes, débordante,

    au point d’emplir les quatre océans.

    S’il vous plaît, appelez-moi par mes vrais noms,

    Que j’entende ensemble mes cris et mes rires,

    Que je voie ma joie mais aussi ma peine.

    Appelez-moi, s’il vous plaît, par mes vrais noms,

    Que je m’éveille,

    et ouvre pour toujours la porte de mon cœur,

    la porte de la compassion.

     Extrait du livre La sérénité de l’instant
     éditions Dangles. Thich Nhat Hanh